» L’Etat doit protéger les plus faibles … »

53-55DxOUn matin de juin 2016, sur le poste national encore un peu public, un des nombreux jeunes professeurs d’une de nos grandes et savantes universités (collègue que je salue au passage ) était interviewé à propos des jeux en lignes et des addictions auxquelles  ceux – ci peuvent conduire; rien de neuf à entendre :  » les sujets ne sont pas égaux devant les drogues et les comportements addictifs, c’est, pour une grande part, génétique ! « 

Et dans la foulée, nous entendons notre cher confrère répondre à l’habile journaliste (  » que doit – on faire pour endiguer ce phénomène plus que naissant ? » ): l’Etat, l’Institution, les Pouvoirs, la Communauté, la Société, doivent absolument protéger « les plus faibles » de ces nouveaux « fléaux »  et se résoudre (donc réduire sans réduire le moindre risque ) à interdire à tous pour éviter, au faible d’esprit, génétiquement programmé (alourdi par cette tare devenue, de surcroît, inévitable), de chuter, malheureux ange aux ailes déplumées, de tomber en grand Icare, de se voir soumis à son moi défaillant, de se laisser prendre au Jeu infernal (mais où étais-Tu lorsque tes enfants étaient faits esclaves et déportés en terre de Pharaon ? … Tiens, tiens, tout se tient !).

MilouDilemne

Est-ce bien compris ? Car en quelques minutes d’échange radiophonique, le message doit être court et clair …

Une fois encore, le « Médical » justifie, sans la nommer, la Prohibition, pour protéger le public le plus vulnérable, le sans défense, le faible d’esprit, en interdisant le plaisir du plus grand nombre au prétexte de l’abus minoritaire. Pas de morale, en apparence, rien que de la prévention compassionnelle.

Les jeux en ligne, les plaisirs virtuels, sont dangereux ( pour certains ); il faudrait les limiter, les interdire ( à tous ) afin de minimiser le danger ( est-ce que ça marche, personne ne le sait vraiment mais en tous cas on aura fait quelque chose de visible ! ) et, surtout, en faisant l’économie de l’idéal d’autonomie, en évitant de passer par les cases supposées inutiles des « promotion de la santé (mentale),  solidarité, intelligence originelle, libre choix, libre examen, et autres difficiles libertés » .

Et à cet autre jeu, accepterais-je de ne plus boire de l’alcool, sous quelque forme, au prétexte que 10 % de la population ne pourra pas en consommer avec modération ?

Non, for sure, et c’est avec cette drogue légale,  qui compose l’Eau de Vie et l’Eau de Feu, enfin reconnue comme bien plus dangereuse que toutes les autres réunies, en terme de morbidité et de mortalité, que renaît l’espoir d’un décalage d’avec la prohibition des « plaisirs sous influence »  et qu’ un double tabou ( Le Soir du 2 août 16 : Alcool : un tabou mortel doit tomber ) devrait tomber : l’alcool est la drogue la plus répandue mais seul son abus tue ( le tabou c’est l’abus tu )  et l’addiction qui peut accompagner sa consommation n’est qu’un obstacle important à sa « gestion » éclairée.

Ce n’est ni l’alcool ni l’alcoolique qu’il convient de faire disparaître mais bien les dommages liés à sa consommation, par le développement d’une posture « généraliste »: je décline sauvagement l’essence du nouveau Plan Alcool tant attendu même si déjà compromis, à la belge, et constate que celui-ci comprend, inclut,décline certains principes de la réduction des risques et minimise le principe jadis sacro-saint, du tout à l’abstinence ( sous la pression intéressée, bien entendu, du lobby alcoolier ) .

Abstinence ou réduction ( prévention ) des risques ( dommages ), limitation des dommages ou réduction des risques de dommages ?Devons-nous, pouvons-nous tolérer que les risques soient irréductibles car essentiels à la Vie hasardeuse et nécessaire, du photon au neurone,  » Du Soleil à l’Homme  » ( Henri Laborit ) ?

Nous reparlerons très bientôt … (hein, Cath ?)

Pour en finir avec le facteur génétique de l’addiction à l’alcool ( facteur qui n’est pas le seul à sonner deux fois, qui n’a pas, n’est-ce pas, le monopole de la détermination ) , faudra-t-il montrer, après-demain,  à la caisse du  » Paki », du « Nicolas », ou de toute bonne oenothèque, sa carte d’identité génétique et patte forte et résistante à l’addiction pour pouvoir acheter, en quantité, et grades et qualités désirées, tous ces calices au contenu savamment distillé ou délicieusement fermenté ?

Les gentils assureurs  » tous risques » vont – ils, demain, tarer leurs primes selon la structure plus ou moins « faible » de l’ADN de leurs gentils assurés ?

Pas encore, ouf, mais ce petit interview sur les jeux on line, dangereux demain ( et de vilains ),  et, par extension déclarée, sur les dangers des drogues et autres opiums du peuple,ce petit interview du petit matin de juin,  n’est rien moins qu’un nouvel épisode de cette série célèbre – les prodigieuses victoires de la Psychiatrie Biologique  et Moderne, clin d’oeil à Pierre Dac, ooooh – dont les co-producteurs, parfois bien malgré eux, (mais quelles responsabilités vous avez, merde, shit, faites gaffe !),  se recrutent tantôt dans les disciplines médico-psychologiques, tantôt dans les secteurs judiciaires et répressifs, tous agitateurs d’épouvantails et empêcheurs de dévier des droits ( communs ) chemins.

 

Confrères toubibs et collègues psy, méfiez-vous des journalistes de l’instantané qui, tout en vous donnant du Professeur -Spécialiste, tentent de vous faire dire tout ce qui peut confirmer les dangers et les peurs du genre humain ( sensations et frissons garantis ), et toutes les magies blanches qu’ils supposent que vous pourrez déployer (fééries et super-pouvoirs) pour le sauver  et sans lesquelles, seul et nu, il est à la merci des probabilités les plus terribles.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

You are commenting using your WordPress.com account. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

You are commenting using your Google+ account. Déconnexion /  Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

You are commenting using your Facebook account. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s